De la « démocratie électronique » à la « transparence numérique » ?

La récente multiplication des textes réglementaires promouvant « l’ouverture » et la « transparence » des institutions, se démarque par une production discursive particulière : ces documents associent bien souvent l’idée de démocratie à une éthique de l’usage des médias informatisés. Dans la lignée de recherches précédentes, ce travail explore les liens qui se créent entre les discours d’escortes de l’idéologie techniciste et une volonté de modifier les rapports entre citoyens et institutions dans l’espace public grâce à la « transparence ». L’analyse comparative de textes institutionnels européens et nord-américains permet de comprendre la « transparence » comme le triomphe d’un modèle communicationnel dominé par un paradigme informationnel. Cette analyse est complétée par l’observation des dispositifs et des pratiques organisationnelles de deux institutions – en charge de dossiers controversés et fortement médiatisés. Il est alors possible d’explorer les limites de ce principe de « transparence numérique » qui se fonde sur l’accès aux documents par les médias informatisés et réduit la communication entre les acteurs à sa portion congrue. Ainsi, ce travail cherche à poursuivre la réflexion théorique engagée par les Sciences de l’Information et de la Communication et d’autres disciplines au sein des Sciences Sociales, sur les rapports qu’entretiennent les démocraties « postmodernes » avec les technologies de l’information et de la communication, conduisant à l’émergence d’une idéologie de la « démocratie électronique ».