Individualisation des engagements et formes collectives sur Internet

Depuis le début du siècle, on assiste à une individualisation des engagements qui contribue à la radicalisation des attentes démocratiques dans nos sociétés. Les enquêtes ne cessent de montrer que la critique et la défiance des citoyens s’exercent à l’égard de la représentation politique, mais aussi envers les structures associatives et militantes traditionnelles. Du mouvement altermondialiste à celui des indignés, des nouvelles expériences militantes de « sub » ou de « micro » politique aux pratiques de consommation critique, des révoltes arabes aux attaques groupées de sites web par les Anonymous, la plupart des initiatives collectives apparues ces dernières années ont toutes pour racine des formes d’auto-organisation beaucoup plus lâches, souples et indéterminées que les formes organisationnelles traditionnelles de la « société civile » ou des mouvements sociaux. Horizontales, sans centre organisateur ni vecteur programmatique, attentives aux respects de la diversité de ses composantes, obsédées par les procédures permettant de respecter l’égalité de chacun, ces mobilisations s’attachent à faire groupe à partir des singularités individuelles. Le centre de gravité de la société civile se déplace de plus en plus des structures associatives et militantes vers des formes floues d’auto-organisation entre individus autonomes. Et Internet constitue sans doute la signature la plus caractéristique de ces nouvelles formes d’expressivité, qui place la singularité des individus, avant l’appartenance organisationnelle, au cœur des dynamiques collectives. Internet n’est en rien cause, ou détermination, de ces nouvelles formes d’engagements, mais il en constitue un des supports les plus essentiels. Aussi voudrait-on essayer de caractériser quelques traits de ces formes collectives sur Internet.